Jamais le football africain n’avait atteint un tel niveau de représentation dans un Mondial. À l’issue de la phase de groupes de la Coupe du Monde 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, neuf des dix nations africaines engagées ont décroché leur billet pour le tour suivant – soit 90 % du contingent continental, un record absolu dans l’histoire de la compétition. Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, a publié une déclaration officielle pour saluer ce résultat historique et rendre hommage aux joueurs et encadrements techniques des sélections qualifiées.
Un format élargi qui change la donne pour l’Afrique
La Coupe du Monde 2026 marque une rupture structurelle avec les éditions précédentes. Pour la première fois dans l’histoire du tournoi, 48 nations y participent, contre 32 auparavant. Cette expansion a directement profité au football africain : là où la FIFA n’accordait jusqu’alors que cinq places à l’Afrique, la nouvelle formule en attribue dix. Le résultat est immédiat et saisissant.
Les équipes qualifiées pour les huitièmes de finale – désignés sous l’appellation « Tour des 32 » dans ce format inédit – sont l’Algérie, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, l’Égypte, le Ghana, le Maroc, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Seule la Tunisie a été éliminée dès la phase de groupes, après trois défaites consécutives. Ce bilan collectif dépasse toutes les performances africaines compilées lors des éditions précédentes, où les éliminations précoces constituaient bien souvent la norme plutôt que l’exception.
Dans sa déclaration, Motsepe a souligné que cette qualification massive est le fruit d’investissements de long terme : développement du football de jeunes, formation des entraîneurs, structuration des ligues professionnelles et amélioration des infrastructures sportives à travers les 54 associations membres de la CAF. Il a également mis en avant les réformes de gouvernance engagées ces dernières années, qui ont permis d’attirer de nouveaux partenaires commerciaux et de renforcer les finances des fédérations nationales.
L’Afrique du Sud ouvre la marche, le Maroc attendu de pied ferme
Parmi les neuf équipes qualifiées, l’Afrique du Sud a déjà écrit sa propre page d’histoire. Les Bafana Bafana ont accédé pour la première fois de leur histoire au deuxième tour d’une Coupe du Monde, en battant la Corée du Sud 1-0 à Monterrey grâce à un but de Thapelo Maseko. C’est cette même sélection qui sera la première équipe africaine à fouler la pelouse des huitièmes de finale, affrontant le Canada au Los Angeles Stadium.
Le Maroc, habitué aux phases finales depuis sa demi-finale historique au Qatar en 2022, défiera les Pays-Bas à Monterrey. La Côte d’Ivoire jouera contre la Norvège à l’AT&T Stadium, tandis que la RD Congo et le Sénégal croiseront le fer respectivement avec l’Angleterre à Atlanta et la Belgique à Seattle. L’Algérie affrontera la Suisse, l’Égypte l’Australie, le Ghana la Colombie. Le Cap-Vert, qui dispute sa première Coupe du Monde, sera confronté à l’Argentine de Lionel Messi, tenant du titre depuis 2022 – un défi titanesque pour les Requins Bleus, mais une vitrine planétaire sans précédent pour cette nation insulaire de moins d’un million d’habitants.
Un signal politique autant que sportif
Au-delà des résultats sur le terrain, le message de Motsepe porte une dimension politique claire. Feliciter publiquement les gouvernements africains pour leur soutien aux fédérations nationales, évoquer « 1,6 milliard de personnes sur le continent africain et dans la diaspora » rendues fières par ces qualifications : la CAF revendique une narration continentale unifiée, celle d’un football africain qui n’a plus à justifier sa place parmi les meilleures nations du monde.
Cette édition 2026 constitue aussi un test grandeur nature du nouveau format à 48 équipes, dont la pertinence a été débattue depuis son adoption par le Congrès FIFA en 2017. Les détracteurs craignaient une dilution du niveau, un allongement excessif de la compétition et une fatigue des joueurs accentuée. Les résultats africains apportent un argument contraire : avec davantage de places disponibles, les sélections qui travaillaient dans l’ombre des grandes puissances européennes et sud-américaines démontrent qu’elles disposent de la profondeur de talent et de la solidité tactique nécessaires pour s’imposer dans un tournoi de cette envergure.
Le vrai verdict viendra dans les semaines qui suivent. Progresser jusqu’en huitièmes de finale est une chose ; s’imposer face aux équipes européennes et sud-américaines qui dominent historiquement les derniers tours en est une autre. Mais la dynamique est là, lisible dans les chiffres et dans l’enthousiasme qui traverse le continent. Pour la première fois, ce n’est plus une seule nation africaine que le monde regarde avancer – c’est presque tout un continent.