Neuf nations africaines au tour des 32, un record historique – et pourtant, sept d’entre elles ont été éliminées en l’espace de quelques jours. Ce que la Coupe du monde 2026 devait consacrer comme l’émergence définitive du football africain sur la scène mondiale s’est transformé, pour des millions de supporters, en une série de désillusions amères, entachées de décisions arbitrales qui alimentent une polémique bien au-delà du continent.
Des éliminations à la marge, un schéma qui interpelle
Aucune des défaites africaines n’a pris la forme d’un écrasement. Le Sénégal menait la Belgique 2-0, à quelques minutes d’une qualification méritée, avant de s’incliner sur un penalty controversé en prolongations, à la 125e minute. Le Cap-Vert, sélection insulaire de moins d’un million d’habitants, a poussé l’Argentine championne du monde en titre jusqu’à la prolongation, avant qu’un but contre son camp à la 111e minute ne mette fin à l’une des épopées les plus improbables du tournoi. L’Afrique du Sud a dominé le Canada pendant de longues périodes sans parvenir à concrétiser, la RD Congo a tenu tête à l’Angleterre, et le Ghana a souffert d’un contexte défavorable après avoir encaissé un but précoce face à la Colombie.
Ce qui frappe dans ces éliminations, c’est leur architecture commune : des performances solides, des occasions manquées ou des erreurs ponctuelles, puis un moment unique – un penalty litigieux, un but contre son camp, une décision VAR – qui fait basculer la rencontre. Dans le football à élimination directe, ces moments sont décisifs par nature. Mais leur concentration sur les équipes africaines a nourri un sentiment d’injustice difficile à dissiper.
L’affaire Égypte-Argentine, point de rupture
Le cas le plus retentissant reste celui de l’Égypte contre l’Argentine en huitièmes de finale. Les Pharaons menaient 2-0 avant la 79e minute et semblaient sur le point de signer l’une des surprises majeures de ce Mondial. C’est alors que le VAR a annulé ce qui aurait été le troisième but égyptien, jugeant rétrospectivement qu’une faute avait été commise en amont de l’action, bien que l’arbitre ait laissé jouer sur le moment. L’Argentine a renversé la situation pour s’imposer 3-2 et rejoindre les quarts de finale.
Le sélectionneur égyptien Hossam Hassan n’a pas mâché ses mots après la rencontre, insinuant que des facteurs extérieurs avaient pu peser sur les décisions arbitrales, notamment l’intérêt commercial et médiatique que représente la présence de Lionel Messi dans le tournoi. Simon Chadwick, professeur spécialisé dans le sport afro-eurasien à l’Emlyon Business School de Shanghai, a qualifié la séquence d’inhabituelle, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles le jeu n’avait pas été arrêté immédiatement si une faute avait bien été commise, et pourquoi le VAR n’était intervenu qu’après la célébration du but. Chadwick a également relevé qu’une action comparable avant le but argentin décisif n’avait fait l’objet d’aucun examen vidéo, soulevant la question de la cohérence dans l’application du protocole.
L’analyste Ali El Garni a nuancé ces critiques : la faute en elle-même était fondée sur les règles du jeu. Mais il a posé une question que beaucoup de juristes du football se posent depuis l’introduction du VAR : jusqu’où peut-on remonter dans une action pour annuler un but ? Et cette décision aurait-elle été identique si les rôles avaient été inversés ?
Le VAR, arbitre du destin ou source de nouvelles inégalités ?
La technologie de l’assistance vidéo à l’arbitrage a été introduite dans les grandes compétitions internationales avec un objectif explicite : corriger les erreurs flagrantes et garantir une plus grande équité. En théorie, son déploiement est universel et neutre. En pratique, son application soulève des interrogations récurrentes sur la subjectivité des décisions prises dans la salle de révision vidéo, sur le seuil d’intervention retenu, et sur la cohérence d’une décision à l’autre au sein d’un même tournoi.
L’affaire égyptienne survient dans un contexte déjà sensible. Quelques jours plus tôt, la FIFA avait annulé la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun après une intervention publique du président Donald Trump – une ingérence sans précédent dans la gouvernance sportive internationale qui a, elle aussi, soulevé des questions profondes sur l’indépendance des institutions footballistiques. Les deux controverses, bien que distinctes dans leur nature, alimentent un même sentiment : celui d’un tournoi où les règles ne s’appliquent pas avec la même rigueur pour tous. Pour suivre l’évolution des prochains matchs, consultez notre pronostic Allemagne Côte d’Ivoire.
Il n’existe aucune preuve que les équipes africaines aient été délibérément défavorisées par les officiels. Les occasions manquées, les erreurs défensives et les réalités d’un football à très haut niveau expliquent une large part de leurs sorties de route. Mais dans un tournoi éliminatoire, où chaque décision peut clore le rêve d’une nation entière, la perception d’une justice à géométrie variable est une blessure à part entière.
Un record historique qui mérite mieux qu’une parenthèse amère
Seuls le Maroc et l’Égypte ont atteint le tour des 16, et les Pharaons ont désormais été éliminés. La promesse de cette Coupe du monde africaine reste réelle : jamais autant de sélections du continent n’avaient franchi le premier tour de la phase finale. La densité tactique, la qualité athlétique et la combativité affichées par ces équipes témoignent d’une progression structurelle du football africain, portée par des générations de joueurs formés dans les grands clubs européens et par le renforcement progressif des fédérations nationales.
Mais le football ne se souvient que des résultats. Et ce que retiendront beaucoup de supporters africains de ce tournoi, ce ne sont pas les performances encourageantes ni le record d’équipes qualifiées – c’est la liste des moments où la marge entre gloire et élimination a semblé déterminée par autre chose que la seule valeur sportive. Pour que la croissance du football africain se traduise un jour en victoire collective, il faudra plus que du talent et de la rigueur tactique : il faudra aussi avoir confiance dans l’arbitrage qui préside aux destins. Pour parier en toute sécurité sur vos équipes favorites, découvrez notre sélection de bookmakers fiables. Retrouvez aussi l’actualité liée à l’arbitrage avec L’Égypte conteste l’arbitrage après son élimination cruelle face à l’Argentine.



