Carlos Caszely n’a pas mâché ses mots. Dans une interview accordée à l’émission Política en Vivo de Radio Universidad de Chile, l’ancien attaquant vedette de la sélection chilienne a livré un diagnostic sans concession sur la Coupe du monde 2026 : un tournoi encore sans âme, dominé par les intérêts commerciaux et les contraintes politiques, qui ne mérite pas encore son titre selon lui. La déclaration fait écho à une inquiétude plus large sur la transformation du football mondial en produit marketing.
Un tournoi qui ne commence vraiment que pour seize équipes
Pour Caszely, la phase de groupes n’est qu’un préambule insignifiant. « Pour moi, le Mondial ne commence pas encore. Il commence quand il reste seize équipes. Quand l’Allemagne, l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Brésil ou l’Argentine doivent se confronter. Pour l’instant, c’est une plaisanterie », a-t-il tranché. Ce point de vue, aussi abrupt qu’il soit, touche à une réalité structurelle : l’expansion progressive du format de la Coupe du monde – passée de seize à trente-deux équipes entre 1978 et 1998, et désormais portée à quarante-huit participants en 2026 – a mécaniquement dilué la densité sportive des premières rencontres. Davantage de nations participantes signifie davantage de matchs à faible enjeu immédiat, où des équipes aux niveaux très disparates se croisent sans véritable tension compétitive.
Cette critique n’est pas nouvelle dans le milieu du football. Depuis que la FIFA a officialisé l’élargissement à quarante-huit équipes, des voix se sont élevées pour alerter sur la dévaluation symbolique du premier tour. La défense institutionnelle repose sur l’argument de l’inclusion géographique et du développement du football dans des confédérations historiquement sous-représentées – un argument légitime, mais qui ne dissipe pas entièrement les doutes sur la qualité du spectacle proposé.
Le marketing comme maître du jeu
La critique la plus acérée de Caszely porte sur la logique commerciale qui, selon lui, gouverne désormais l’ensemble de l’événement. « Aujourd’hui, le Mondial, c’est l’argent et le football, pas le football et l’argent. Tout est centré sur la fête que font les Américains autour de ça. Tout est marketing, marketing et marketing », a-t-il déclaré. Il a également pointé l’absurdité des pauses hydratation, qui interrompent le rythme de jeu tout en ménageant des créneaux publicitaires supplémentaires : « Ils disent vouloir donner plus de rythme au football, mais en même temps ils arrêtent les matchs pour insérer de la publicité. »
L’organisation aux États-Unis – pays co-hôte avec le Canada et le Mexique – place effectivement le tournoi dans un contexte culturel où le sport professionnel est indissociable du divertissement de masse et des revenus publicitaires. Le Super Bowl en est le modèle absolu : l’événement sportif comme prétexte à un spectacle commercial total. Transplanter la Coupe du monde dans cet écosystème n’est pas anodin. La FIFA, dont les recettes tirées des droits télévisuels et des partenariats commerciaux atteignent des montants astronomiques à chaque édition, n’est pas étrangère à cette logique.
Caszely a également évoqué des tensions politiques concrètes : l’exclusion d’un arbitre pourtant qualifié, ou encore la situation de l’Iran contraint de s’entraîner au Mexique et de parcourir des centaines de kilomètres pour chaque match en raison des restrictions d’entrée sur le territoire américain. « Ce n’est pas un Mondial de football. C’est un Mondial d’argent avec du football. Même politique avec du football, parce qu’il y a trop de restrictions », a-t-il conclu sur ce point. Pour suivre l’évolution des équipes comme l’Iran, consultez notre pronostic Iran Nouvelle-Zélande.
Le football chilien, victime de ses propres structures
Interrogé sur l’absence du Chili dans ce Mondial, Caszely ne cherche pas d’excuses conjoncturelles. Il identifie des causes profondes. « Quand il y a sept étrangers par équipe, il est impossible de former une bonne sélection nationale. En plus, ce ne sont plus des joueurs de première catégorie qui viennent, mais des joueurs de deuxième ou troisième rang », a-t-il affirmé. La question de la proportion de joueurs étrangers dans les championnats nationaux est un débat récurrent en Amérique du Sud : si l’ouverture aux étrangers peut relever le niveau général d’un championnat, elle peut simultanément asphyxier l’émergence de talents locaux en réduisant le temps de jeu disponible pour les jeunes formés sur place.
L’ancien attaquant a également ciblé le pouvoir grandissant des agents et des intermédiaires. « Aujourd’hui, tout est entre les mains des représentants. Ce sont eux qui commandent et qui composent les équipes. » Cette emprise des agents sur le marché des transferts, phénomène mondial et non spécifiquement chilien, transforme les clubs en clients d’intermédiaires dont les priorités financières n’ont pas toujours pour corollaire la compétitivité sportive des sélections nationales.
Le football rendu inaccessible à ceux qui l’ont porté
Caszely a terminé sur une note à la fois personnelle et politique : « Le football appartient aux gens, au peuple, et malheureusement les billets sont beaucoup trop chers. » Cette phrase résume une tension qui traverse le football mondial depuis plusieurs décennies. L’explosion des droits télévisuels, des salaires et des infrastructures a été financée en partie par une hausse continue du prix des places, repoussant progressivement les couches populaires – celles qui ont historiquement constitué le cœur des tribunes – vers les écrans plutôt que vers les stades.
Le paradoxe est saisissant : un sport né dans les rues et les terrains vagues, porté par des générations de joueurs issus de milieux modestes, est devenu l’un des spectacles vivants les plus inégalement accessibles du monde. Carlos Caszely, figure emblématique du football chilien des années soixante-dix et quatre-vingt, incarne précisément cette génération pour qui le football était d’abord une affaire de peuple avant d’être une industrie. Son regard amer sur la Coupe du monde 2026 est aussi, en creux, un témoignage sur ce qui a changé – et sur ce qui a été perdu. Pour parier sur les plus grands événements footballistiques, découvrez notre sélection de bookmakers fiables et adaptés à vos besoins.
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