Patrice Neveu dresse un bilan nuancé du Mondial africain


Patrice Neveu dresse un bilan nuancé du Mondial africain

Patrice Neveu n’a pas voulu noircir le tableau, mais il n’a pas non plus masqué sa frustration. Alors que le Maroc a quitté la Coupe du monde en quarts de finale face à la France, le sélectionneur du Togo estime que le parcours des nations africaines reste honorable, sans être totalement à la hauteur des attentes. Pour ce technicien français de 72 ans, rompu au football du continent, l’Afrique a confirmé ses progrès, tout en laissant l’impression qu’elle pouvait aller plus loin.

Son regard mérite attention. Neveu connaît l’environnement africain de l’intérieur, lui qui a dirigé plusieurs sélections, de la Guinée au Gabon, en passant par la RD Congo, la Mauritanie et aujourd’hui le Togo. Son analyse n’est donc ni théorique ni lointaine. Elle s’appuie sur une longue expérience des réalités sportives, humaines et organisationnelles du continent.

À ses yeux, le bilan global est « plutôt correct ». Dix sélections africaines étaient engagées dans ce Mondial, et neuf avaient atteint les seizièmes de finale. Le chiffre dit quelque chose de la montée en puissance du football africain. Pourtant, la sensation finale reste plus mitigée. Car au moment de franchir un cap décisif, plusieurs équipes ont buté sur les mêmes limites.

Un bilan africain correct, mais en deçà des attentes

Pour Patrice Neveu, les sélections africaines rivalisent désormais plus régulièrement avec les meilleures. Il observe un resserrement des écarts et une forme de nivellement des valeurs. En clair, l’Afrique n’arrive plus au Mondial pour faire de la figuration. Elle sait exister, poser des problèmes, et parfois imposer ses temps forts.

Mais cette progression ne suffit pas à effacer les déceptions. Le Maroc, dernier représentant africain encore en lice, a atteint les quarts de finale avant de tomber face à une équipe de France jugée supérieure. Sur ce point, Neveu ne nourrit guère de regrets. En revanche, il attendait davantage d’autres sélections annoncées comme ambitieuses, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire et l’Algérie.

Ce constat résume bien le paradoxe de ce Mondial. L’Afrique a montré qu’elle avait du talent, de l’intensité et des arguments. Pourtant, elle n’a pas transformé ce potentiel en présence durable dans le dernier carré. Le sentiment dominant n’est donc pas l’échec, mais celui d’une occasion partiellement manquée.

Pourquoi les sélections africaines ont craqué dans le money time

L’un des faits marquants de cette Coupe du monde tient dans la manière dont plusieurs équipes africaines ont quitté le tournoi. Afrique du Sud, RD Congo, Sénégal, Côte d’Ivoire ou encore Égypte ont perdu leur match à élimination directe dans les dernières minutes, parfois après avoir tenu le score, voire mené. Pour Patrice Neveu, ce n’est pas un hasard.

Il avance d’abord une question de profondeur de banc. À haut niveau, l’écart ne se creuse pas seulement avec onze titulaires. Il se mesure aussi dans la capacité à changer le rythme, à compenser une baisse physique ou à apporter des solutions en fin de match. Sur ce point, certaines sélections africaines ont semblé plus fragiles.

Ensuite, Neveu insiste sur l’usure. Beaucoup d’équipes africaines démarrent avec une forte intensité, un engagement physique élevé et une vraie agressivité positive. Cette entame peut faire mal à l’adversaire. Mais lorsque le match s’étire, la fraîcheur baisse et le rendement aussi. À ce niveau de compétition, cette baisse se paie souvent très cher.

Le sélectionneur du Togo n’oublie pas non plus la qualité des adversaires. Il rappelle cependant que des nations comme la Suisse ou la Norvège, bonnes équipes sans être intouchables, ont atteint les quarts de finale. Pour lui, certaines sélections africaines possédaient un niveau comparable. Si elles n’ont pas suivi la même trajectoire, c’est qu’il manque encore quelque chose dans la gestion des grands rendez-vous.

Patrice Neveu pointe la pression et le manque de stabilité

Ce « quelque chose » tient aussi, selon lui, à l’environnement. Patrice Neveu a eu le sentiment que certaines sélections se sont présenté au Mondial sous une pression excessive. L’ambition est nécessaire, dit-il en substance, mais annoncer trop tôt un objectif aussi extrême que le titre mondial peut devenir contre-productif.

Son raisonnement est simple. Les plus grandes nations ne passent pas leur temps à promettre publiquement qu’elles seront championnes du monde. La France de Didier Deschamps, l’Argentine de Lionel Scaloni ou l’Espagne de Luis de la Fuente avancent avec ambition, mais sans surcharger le discours. Pour Neveu, plusieurs équipes africaines auraient gagné à protéger davantage leur groupe et leur staff.

Cette réflexion rejoint une autre idée forte de son analyse: la stabilité compte. Après la Coupe du monde, plusieurs bancs africains ont déjà bougé. L’Afrique du Sud, la Tunisie, le Ghana et le Sénégal ont changé de sélectionneur, tandis que l’avenir de Vladimir Petkovic en Algérie reste incertain. Là encore, Neveu appelle à la prudence.

Il rappelle qu’un sélectionneur ne peut pas bâtir dans l’urgence permanente. Les exemples français et argentin lui servent de repère. La continuité permet d’installer des principes, de renforcer la confiance et de mieux traverser les périodes de tension. À l’inverse, les changements répétés fragilisent souvent des sélections déjà exposées à un contexte complexe.

Organisation, sérénité: les chantiers que l’Afrique doit ouvrir

Au-delà du terrain, Patrice Neveu met en avant un autre levier de progression: l’organisation. Il estime que certaines sélections ont encore des efforts à fournir pour offrir aux joueurs et aux staffs un cadre plus stable pendant une grande compétition. Il cite notamment les difficultés observées autour de la Tunisie, du Sénégal et de l’Algérie.

Son idée est claire: une sélection performe mieux quand elle vit dans une forme de bulle. Plus le groupe est protégé, plus il peut se concentrer sur l’essentiel. Dans un Mondial, les détails deviennent vite décisifs. Une préparation perturbée, une tension parasite ou une organisation imparfaite peuvent finir par peser au moment où les matches basculent.

Neveu va même plus loin. Il suggère que la CAF organise un séminaire de réflexion avec des techniciens afin d’identifier collectivement les axes d’amélioration. L’idée n’a rien d’anodin. Elle traduit la volonté de penser le progrès africain de manière structurelle, et non simplement au gré des résultats ou des changements d’humeur après élimination.

Le Maroc, le Cap-Vert, la RD Congo et l’Égypte ont marqué Patrice Neveu

Dans ce panorama, certaines sélections ont malgré tout laissé une impression positive. Le Maroc, bien sûr, a confirmé sa compétitivité, même si Patrice Neveu pointe un manque d’arguments offensifs. Selon lui, cette limite devient encore plus visible lorsque Ismael Saibari, qu’il considère comme un excellent joueur, est absent.

Le Cap-Vert fait aussi partie des bonnes surprises à ses yeux. La RD Congo, également, a signé un parcours qui mérite d’être salué. Ces équipes ont montré qu’avec de la cohérence, de l’engagement et une vraie identité, il était possible de bousculer la hiérarchie.

L’Égypte figure parmi les formations qui l’ont le plus convaincu. Neveu a apprécié sa capacité à bien défendre, tout en proposant un football de qualité. Il souligne aussi son attitude, signe qu’au plus haut niveau, l’équilibre entre rigueur, comportement et expression collective reste fondamental.

À l’inverse, il range le Sénégal parmi les déceptions, en raison d’un parcours perturbé par trop de problèmes. La Côte d’Ivoire le laisse également sur sa faim, malgré un effectif qu’il juge séduisant. Quant à l’Algérie, c’est surtout le contenu de jeu qui l’a déçu.

Le message final n’est donc ni sévère ni indulgent. Patrice Neveu voit une Afrique du football plus proche qu’avant des standards mondiaux, mais encore en quête de maturité pour transformer ses promesses en exploit durable. Le Mondial 2026 n’a pas fermé la porte. Il a surtout rappelé où se situe désormais le vrai défi.

Marco Bamba
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Marco Bamba

Marco Bamba — Analyste paris sportifs Originaire de Dakar, Marco Bamba a commencé à s'intéresser aux paris sportifs en 2017, alors qu'il travaillait comme rédacteur web pour un portail d'actualités sportives sénégalais. Ce qui était au départ une curiosité personnelle…

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